Cartier et le Mythe aux Musées du Capitole

15 novembre - 15 mars 2026

L’exposition propose une rencontre inédite entre les créations historiques de Cartier et les sculptures classiques de la collection Albani. À travers des rapprochements raffinés et une lecture savante, l’exposition examine la manière dont la Maison s’inspire de l’Antiquité depuis le XIXᵉ siècle, transformant les formes anciennes en un langage moderne du luxe et du symbole.

Musées du Capitole, Piazza del Campidoglio, 1

Diadème: Platine, diamants, perles fines: Cartier Paris
Diadème: Platine, diamants, perles fines. Provenance : princesse Marie Bonaparte (1882-1962) Nils Herrmann, Collection Cartier © Cartier

Du 14 novembre 2025 au 15 mars 2026, le Palazzo Nuovo des Musées du Capitole abandonne son agencement traditionnel pour accueillir sa première exposition temporaire. Et plus précisément, pour une rencontre avec les créations de la Maison Cartier, il introduit un récit de continuité plutôt que de rupture. Il en résulte un dialogue ambitieux entre l’Antiquité et la modernité qui met en avant les processus de réinterprétation au cœur de la création artistique.

Commissariée par Bianca Cappello, Stéphane Verger et Claudio Parisi Presicce, l’exposition réunit des œuvres historiques issues de la Collection Patrimoine Cartier et des sculptures antiques de la collection Albani, enrichies de prêts majeurs provenant d’institutions italiennes et internationales. La scénographie conçue par Sylvain Roca, renforcée par les interventions évocatrices de Dante Ferretti, souligne la dimension théâtrale inhérente tant à la joaillerie qu’à la sculpture : chaque objet, bijou ou vestige antique, devient un acteur d’un dialogue mis en scène, invitant à une contemplation attentive.

Comprendre l’horizon culturel de l’exposition « Cartier et le Mythe »

L’exposition repose sur un postulat fondamental : l’Antiquité n’est pas un réservoir stylistique figé dans le passé, mais un champ culturel vivant qui continue d’influencer l’esthétique contemporaine. Pour Cartier, le monde classique constitue une matrice d’innovation plutôt qu’un modèle à imiter. Le rapport de la Maison à l’Antiquité s’ancre dans une fascination pour la proportion, le symbolisme et le potentiel expressif de la forme — des éléments communs à la sculpture antique comme à la haute joaillerie.

Cette section explore les contextes intellectuels et artistiques plus larges qui ont nourri l’engagement de Cartier avec l’Antiquité. À mesure que l’Europe connaissait des vagues de découvertes archéologiques, de renaissances néoclassiques et de circulations cosmopolites, le monde antique devenait un langage visuel et conceptuel partagé. Cartier répondit à ces dynamiques par une approche esthétique singulière, mêlant rigueur classique et créativité moderne.

L’Antiquité comme source vivante

Dès ses débuts, Cartier évolue dans un monde fasciné par les découvertes de Pompéi, d’Herculanum, de la Grèce et de l’Égypte. Les designers de la Maison assimilent les leçons stylistiques de l’Antiquité non pas en reproduisant les artefacts anciens, mais en les distillant en formes essentielles et en gestes symboliques. Cette démarche trouve un écho direct dans la collection Albani, constituée au XVIIIᵉ siècle comme un idéal de goût classique. Au Palazzo Nuovo, ces marbres étaient destinés à transmettre une image normée de l’Antiquité, fondatrice du canon européen.

En plaçant les créations de Cartier à proximité de ces sculptures, l’exposition révèle comment les designers de la Maison ont affronté des problématiques esthétiques similaires : harmonie des proportions, clarté du contour, équilibre entre ornement et structure. Dans ce cadre, les pierres précieuses et les métaux deviennent les prolongements d’une discipline sculpturale héritée de la tradition classique.

Le mythe et l’imaginaire moderne

Le mythe constitue l’un des fils conducteurs de l’exposition. Dans l’Antiquité, il véhiculait des valeurs sociales, structurait les croyances spirituelles et formulait des conceptions de l’identité et du destin. Cartier transforme ces récits en un répertoire de motifs et de symboles qui continuent de résonner auprès du public contemporain. Plutôt que d’illustrer des scènes mythologiques, la Maison utilise le mythe comme catalyseur conceptuel, traduisant des récits de métamorphose, de protection et d’héroïsme en signes de design subtils.

Formes symboliques et codes esthétiques

Parmi les symboles les plus durables de Cartier figure le serpent, profondément enraciné dans l’iconographie gréco-romaine. Associé à la guérison, à l’éternité, à la puissance érotique et à la transformation, le serpent offrait un vocabulaire symbolique riche que Cartier adapta à travers bracelets, colliers et bagues. L’exposition présente plusieurs bracelets serpent articulés, dont la sophistication mécanique fait écho à l’ingéniosité des orfèvres antiques.

D’autres créatures mythologiques — sphinx, griffons, chimères — apparaissent sous des formes abstraites plutôt que figuratives. Leur présence souligne l’intérêt de Cartier pour les dimensions psychologiques et esthétiques du mythe : ces figures deviennent des emblèmes de mystère, d’autorité et de protection.

Une exploration approfondie du parcours d’exposition

Les commissaires de « Cartier et le Mythe » ont conçu une structure narrative permettant de suivre l’évolution du dialogue entre la Maison et l’Antiquité à travers plusieurs ensembles thématiques. Chaque section associe des œuvres de Cartier à des sculptures majeures de la collection Albani, démontrant comment motifs, formes et idées circulent à travers le temps.

Cartier et la collection Albani : la sculpture comme miroir de la joaillerie

Les galeries du Palazzo Nuovo, avec leur disposition historique de marbres, offrent un cadre d’une remarquable cohérence. La collection Albani, constituée par le cardinal Alessandro Albani avec l’appui intellectuel de Johann Joachim Winckelmann, a posé les fondements du concept moderne de beauté classique. Son insistance sur les proportions idéales, la retenue expressive et la clarté narrative a façonné le goût européen jusqu’à l’époque moderne.

La poétique du rapprochement

Dans cette section, le visiteur découvre les créations de Cartier exposées aux côtés de bustes en marbre, de figures mythologiques et de fragments architecturaux. Les contrastes de matière — l’or chaleureux face au marbre froid, l’éclat des gemmes contre la pierre mate — génèrent un dialogue dynamique qui invite à l’observation attentive. Les qualités sculpturales de la joaillerie, souvent occultées par l’échelle de l’objet, deviennent ici pleinement perceptibles.

L’inspiration architecturale et l’élégance structurelle

L’une des contributions majeures de Cartier à la joaillerie moderne réside dans la transposition de principes architecturaux en objets précieux. L’exposition met en lumière la manière dont l’ornement antique, tel que les feuilles d’acanthe ou les motifs de méandre, a nourri le vocabulaire formel de la Maison. Les bracelets articulés évoquent des frises rythmées ; les diadèmes rappellent la clarté des frontons antiques ; les broches équilibrent les axes verticaux et horizontaux avec une précision architecturale.

La Belle Époque : redécouvrir le langage classique

La Belle Époque constitue une période particulièrement féconde pour le dialogue de Cartier avec l’Antiquité. À travers l’Europe, aristocrates et intellectuels cherchaient à s’identifier aux idéaux classiques, perçus comme des marqueurs de distinction culturelle. Cartier répondit à cette aspiration en développant un vocabulaire néoclassique raffiné, fondé sur l’élégance, la linéarité et la retenue graphique.

Le platine et la réinvention de la forme

L’introduction du platine révolutionna la joaillerie, rendant possible une délicatesse sans précédent. Cartier adopta pleinement cette innovation, créant des bijoux d’une légèreté exceptionnelle tout en conservant une clarté structurelle rigoureuse. Les motifs classiques, transposés dans ce nouveau matériau, acquirent une vitalité résolument moderne : les couronnes de laurier devinrent des ornements capillaires éthérés ; les volutes furent traduites en tracés de diamants ; les motifs géométriques gagnèrent en netteté.

Le camée moderne

Cette section explore également la relecture du camée par Cartier — forme emblématique de la rencontre entre sculpture et joaillerie. Plutôt que de reproduire des modèles antiques, la Maison abstrait le concept du camée, traitant le bijou comme un micro-relief façonné par le contraste des matériaux et de la lumière. Cette approche s’inscrit pleinement dans la logique de transformation qui structure l’ensemble de l’exposition.

Modernité, Cocteau et renaissance du mythe

Le XXᵉ siècle ouvre de nouveaux horizons stylistiques et conceptuels pour Cartier. La Maison intègre des influences issues de l’art moderne, des cultures extra-européennes et de l’innovation technique, tout en maintenant un dialogue constant avec l’Antiquité. Cette période ne se définit pas par l’abandon des références classiques, mais par leur épuration en formes essentielles.

Jean Cocteau et la géométrie du mythe

Jean Cocteau, figure majeure de l’avant-garde française, joue un rôle déterminant dans la redéfinition du rapport de Cartier aux motifs classiques. Sa fascination pour le mythe nourrit plusieurs collaborations qui donnent naissance à des pièces d’une grande clarté conceptuelle. L’influence de Cocteau se manifeste dans la dualité des formes, la pureté de la ligne et l’équilibre entre minimalisme et symbolisme qui caractérisent les créations de Cartier au milieu du siècle.

Figures hybrides et puissance symbolique

Les créatures mythologiques parcourent cette section comme des emblèmes de complexité psychologique et culturelle. Le traitement qu’en fait Cartier témoigne d’une sensibilité aiguë à la charge émotionnelle associée à ces figures dans l’Antiquité. Qu’elles apparaissent sous forme d’allusion ou d’affirmation formelle, ces créations illustrent l’engagement de la Maison à relier le symbolisme archaïque aux préoccupations esthétiques modernes.

Regards contemporains : l’Antiquité au présent

Les derniers chapitres de l’exposition examinent la manière dont les designers contemporains de Cartier réinterprètent l’Antiquité dans un monde façonné par la culture numérique, les nouveaux matériaux et l’hybridation globale. Les références classiques ne se limitent plus à un idiome stylistique unique, mais se manifestent sous forme d’échos et de structures conceptuelles.

Un langage joaillier fondé sur la mémoire

Les créations contemporaines de Cartier sont imprégnées de mémoire — mémoire du geste artisanal, des systèmes symboliques et des récits universels. L’exposition montre comment même les pièces les plus innovantes entretiennent un dialogue avec la géométrie classique, l’équilibre et la symbolique héritée de l’Antiquité. Le bijou apparaît ainsi non seulement comme ornement, mais comme artefact culturel.

Structures anciennes, techniques nouvelles

Les designers actuels de Cartier explorent les volumes, les contrastes chromatiques et les matériaux non conventionnels, tout en laissant transparaître des résonances antiques. La clarté classique continue d’informer les proportions ; le mythe façonne les possibilités expressives de la forme. Cette continuité confirme l’intuition centrale de l’exposition : l’Antiquité demeure une présence active dans la création contemporaine.

Pourquoi « Cartier et le Mythe » résonne aujourd’hui

L’exposition dépasse largement l’intérêt esthétique ou historique. Elle propose une réflexion sur la manière dont la mémoire culturelle se construit, se transmet et se réinvente. En plaçant Cartier en dialogue avec l’Antiquité, elle redéfinit la joaillerie comme un médium artistique capable d’interroger l’identité, l’héritage et l’imaginaire collectif.

Un musée transformé

Les visiteurs familiers du Palazzo Nuovo découvrent un espace transformé : toujours solennel, mais désormais animé par des éclats de couleur, de lumière et de narration. Les créations de Cartier introduisent de nouvelles lectures des marbres antiques, intensifiant la perception des matériaux, des techniques et des stratégies expressives partagées par les artisans d’hier et d’aujourd’hui.

Une lecture éditoriale de l’Antiquité

Bien que solidement ancrée dans la recherche scientifique, l’exposition adopte une tonalité éditoriale claire et accessible. Elle invite le public à réfléchir à la survie de l’Antiquité dans la culture contemporaine — non comme discipline académique, mais comme ensemble d’images, de symboles et d’idéaux façonnant notre perception de la beauté et du sens.

Le contexte romain

Rome, ville où les strates du temps coexistent avec une intensité singulière, constitue un cadre idéal pour cette exposition. Les Musées du Capitole incarnent l’héritage civique et symbolique de la Rome antique. Accueillir Cartier en leur sein revient à souligner la continuité de l’ambition artistique : la quête de proportion, de clarté, de symbolisme et de raffinement traverse les siècles. Le visiteur repart avec une perception renouvelée de la manière dont l’Antiquité irrigue la création moderne — discrètement, durablement et avec une pertinence intacte.

 

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