6 mars - 5 juillet 2026
L’exposition présente un noyau sélectionné de chefs-d’œuvre issus des collections impériales habsbourgeoises, offrant un regard privilégié sur la culture figurative européenne entre Renaissance et Baroque. À travers peintures, sculptures et arts décoratifs, le parcours reconstitue le goût, le pouvoir et la vision politique de la dynastie qui, pendant des siècles, a marqué l’histoire du continent.
Museo del Corso-Polo Museale, Palazzo Cipolla – Via del Corso, 320
L’exposition réunit des chefs-d’œuvre qui témoignent de l’ampleur et de la qualité des collections impériales habsbourgeoises, constituées au fil des siècles comme instrument d’affirmation politique, culturelle et symbolique. Peintures, sculptures et objets d’art dialoguent dans un parcours qui restitue au public la complexité d’une époque où le collectionnisme n’était pas une simple accumulation, mais l’expression d’une vision du monde et d’une stratégie dynastique précise. Rome, ville de stratifications et de mémoires, devient ainsi le théâtre d’une rencontre entre deux capitales de l’histoire européenne, unies par le langage universel de l’art et par une tension commune vers la représentation du pouvoir.
Le noyau théorique de l’exposition est représenté par la dynastie des Habsbourg et par le rôle déterminant qu’elle joua dans la définition d’une idée moderne du collectionnisme. À travers une politique culturelle cohérente et clairvoyante, les Habsbourg transformèrent la collecte d’œuvres d’art en un instrument d’auto-représentation et de consolidation du pouvoir.
De la fin du Moyen Âge à l’époque contemporaine, les Habsbourg gouvernèrent des territoires très vastes, s’étendant de l’Europe centrale à la péninsule Ibérique, des Pays-Bas à l’Italie. Cette dimension supranationale se reflète dans les collections impériales, qui comprennent des œuvres issues de différentes écoles artistiques européennes. L’art devient ainsi le miroir d’une vision politique fondée sur l’universalité de l’Empire et sur la construction d’une mémoire dynastique partagée.
La présence de maîtres flamands reflète le lien dynastique entre les Habsbourg et les Pays-Bas. La peinture nordique, avec son attention au détail et au rendu des matières, introduit un langage visuel où réalisme et symbolisme coexistent dans un équilibre subtil.
Les célèbres alliances matrimoniales habsbourgeoises ne produisirent pas seulement des effets géopolitiques, mais déterminèrent également le transfert d’œuvres, de trésors et de collections entières entre les cours européennes. De cette manière, la collection impériale s’enrichit de chefs-d’œuvre flamands, italiens et espagnols, donnant naissance à un patrimoine d’une extraordinaire variété stylistique et iconographique.
Dans le contexte de l’époque moderne, le collectionnisme habsbourgeois assume une dimension symbolique. Les œuvres ne sont pas simplement des objets précieux, mais des instruments de communication politique. Le choix des sujets, portraits officiels, scènes mythologiques, allégories de la vertu et de la justice, contribue à définir l’image idéale du souverain.
L’organisation progressive des collections impériales préfigure la naissance du musée public. Le Kunsthistorisches Museum, institué pour conserver ce patrimoine, représente l’aboutissement d’un long processus de systématisation et de valorisation, dans lequel la dimension privée de la collection se transforme en bien culturel partagé.
L’exposition permet de traverser deux saisons fondamentales de l’histoire de l’art européen : la Renaissance et le Baroque. Les collections habsbourgeoises se configurent comme un atlas visuel documentant l’évolution des langages figuratifs entre le XVe et le XVIIe siècle, offrant un regard privilégié sur les transformations esthétiques et idéologiques de l’époque.
La Renaissance représente pour les Habsbourg un modèle culturel incontournable. L’admiration pour l’art italien se traduit par l’acquisition d’œuvres incarnant les principes d’harmonie, de proportion et de centralité de l’homme. La peinture renaissante, avec sa recherche d’équilibre compositionnel et de clarté narrative, devient paradigme de civilisation et de prestige.
Les œuvres de la Renaissance présentes dans le parcours soulignent l’importance du dessin comme fondement de la forme et de la perspective comme instrument d’organisation de l’espace. On y perçoit l’ambition de restituer un ordre rationnel au monde visible, en harmonie avec la vision politique d’un empire ordonné et hiérarchique.
Au XVIIe siècle, le langage figuratif devient plus dynamique et dramatique. Le Baroque exprime une nouvelle sensibilité, caractérisée par le mouvement, le pathos et l’intensité lumineuse. Les œuvres d’aire flamande et italienne montrent comment l’art devient vecteur d’émotion et de persuasion, en accord avec les exigences de la Contre-Réforme et avec l’auto-représentation du pouvoir absolu.
La présence d’œuvres liées au cercle de Peter Paul Rubens témoigne de la vocation internationale de la cour habsbourgeoise. Rubens, artiste-diplomate, incarne parfaitement l’alliance entre art et politique : ses compositions monumentales, animées de corps en torsion et de chromies intenses et vibrantes, traduisent en images la complexité de l’Europe baroque.
Les œuvres liées à la culture de Peter Paul Rubens expriment la vitalité et le dynamisme du Baroque. Corps en mouvement et compositions diagonales traduisent en image la tension spirituelle et politique du XVIIe siècle européen.
Le projet curatorial se développe selon une structure qui entrelace chronologie et thématiques, permettant au visiteur de comprendre non seulement l’évolution stylistique des œuvres, mais aussi le contexte historique et idéologique dans lequel elles furent acquises.
Une première section est consacrée à la construction de l’image du souverain. Les portraits officiels, caractérisés par une rigoureuse frontalité ou par des poses solennelles, définissent un modèle iconographique visant à exprimer autorité, continuité et légitimité.
Chaque élément iconographique, de l’armure aux armoiries héraldiques, des tissus précieux aux objets symboliques, contribue à construire un langage codifié du pouvoir. L’analyse de ces détails révèle la complexité de la communication visuelle à l’époque moderne.
Un autre noyau approfondit le thème de la Wunderkammer, la « chambre des merveilles » qui réunissait œuvres d’art, objets rares et curiosités naturelles. Ce modèle reflète l’aspiration à une connaissance encyclopédique, dans laquelle le souverain se présente comme garant de l’ordre du monde.
La coexistence d’artefacts artistiques et d’objets naturels suggère une vision unitaire du savoir. L’art n’est pas séparé de la science, mais en constitue le complément symbolique, contribuant à définir l’image d’un pouvoir capable de comprendre et de dominer la réalité.
L’arrivée de l’exposition à Rome revêt une signification particulière. La ville, centre de la chrétienté et lieu de stratification artistique millénaire, offre un contexte idéal pour réfléchir au rapport entre tradition et pouvoir. La confrontation entre les œuvres viennoises et la mémoire historique romaine enrichit la lecture du parcours d’exposition.
L’école italienne est représentée par des œuvres qui soulignent la centralité du dessin, l’harmonie compositionnelle et l’usage savant de la lumière. On y reconnaît l’héritage d’une tradition qui, de la Renaissance au Baroque, a redéfini les paramètres de l’art occidental.
L’exposition se configure comme un pont culturel entre deux capitales symboliques de l’Europe. À travers le dialogue entre les œuvres et l’espace d’exposition, le visiteur est invité à considérer l’histoire de l’art comme un tissu de relations, d’échanges et d’influences réciproques.
De la retenue renaissante à la dramatisation baroque, le parcours permet de saisir les transformations du langage figuratif, offrant un regard articulé sur les dynamiques stylistiques qui ont traversé l’Europe.
La visite représente une occasion d’approfondissement pour chercheurs, passionnés et public cultivé. L’exposition permet d’observer de près des œuvres rarement visibles en dehors de leur siège viennois, offrant une perspective large sur la culture figurative européenne. Elle ne se limite pas à présenter des chefs-d’œuvre, mais propose une réflexion sur le rôle de l’art comme instrument de représentation et de construction de l’identité.
La rigueur scientifique du dispositif curatorial, associée à la qualité des œuvres sélectionnées, permet une expérience non superficielle, mais réfléchie. L’exposition invite à s’interroger sur le rapport entre art et pouvoir, entre collectionnisme et identité culturelle.
Dans un contexte contemporain marqué par des tensions et des redéfinitions identitaires, le parcours d’exposition offre l’opportunité de redécouvrir les racines communes de la culture européenne. Les merveilles des Habsbourg deviennent ainsi un instrument de connaissance et de réflexion historique, restituant à l’art sa fonction première de témoignage et de mémoire.
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