GAM 100. Un siècle de Galerie communale 1925–2025

20 décembre - 11 octobre 2026

Cent ans d’art moderne et contemporain à Rome, racontés à travers l’histoire de la Galleria Comunale, institution publique, laboratoire critique et archive de la modernité. Un parcours qui entrelace collections, politiques culturelles et transformations des langages artistiques, révélant le rôle du musée dans la construction de l’identité visuelle de la ville à travers un siècle de bouleversements culturels.

Galleria Comunale d’Arte Moderna – Via Francesco Crispi, 24

Amedeo Bocchi. Dans le parc, 1919 (détail). Galerie d’Art Moderne, Rome
Amedeo Bocchi. Dans le parc, 1919 (détail). Huile sur toile, 152,5 × 169 cm. © Collection GAM. AM 2888

Avec “GAM 100. Un siècle de Galerie communale 1925–2025”, Rome célèbre le centenaire de sa Galerie d’Art Moderne, en retraçant un siècle de choix de collection, de politiques culturelles et de transformations du goût. L’exposition propose une lecture critique de l’histoire du musée, à la fois comme institution publique et comme observatoire privilégié de l’art moderne et contemporain italien.

L’exposition naît comme un projet d’envergure historique et critique, conçu pour célébrer le centenaire de la fondation de la Galerie communale d’Art Moderne de Rome, instituée en 1925 comme premier musée civique italien consacré à l’art moderne.

L’événement ne se limite pas à commémorer un anniversaire, il construit un dispositif narratif articulé, tissant œuvres, documents et contextes, et restituant la complexité d’une institution qui a accompagné, interprété et parfois anticipé les transformations de l’art du XXe siècle et du début du XXIe siècle. En ce sens, l’exposition se présente comme une réflexion sur le musée lui-même : sur ses fonctions, ses responsabilités publiques et son rôle dans la construction de la mémoire culturelle de Rome.

La Galerie communale d’Art Moderne: une institution fondatrice

La naissance de la Galerie communale d’Art Moderne constitue un tournant décisif dans l’histoire culturelle de la capitale. Fondée à un moment de profonde redéfinition des rapports entre art, ville et institutions, la GAM s’affirme dès l’origine comme un espace dédié à la contemporanéité, capable de dialoguer avec le présent sans renoncer à une vision historique. En l’espace de cent ans, le musée a traversé des phases diverses, reflétant des mutations politiques, esthétiques et sociales, tout en maintenant constante sa vocation publique.

De 1925 au milieu du XXe siècle

La période comprise entre 1925 et le milieu du XXe siècle représente la phase fondatrice de l’identité de la Galerie communale d’Art Moderne. Au cours de ces décennies, le musée se confronte à la tâche difficile de définir ce que signifie « art moderne » dans un contexte encore fortement lié à la tradition académique et à la représentation figurative.

Les premières acquisitions reflètent une modernité prudente, souvent médiatisée par des langages qui conservent un lien solide avec la réalité visible. Pourtant, dès cette phase apparaissent des signes de tension et d’inquiétude, notamment à travers les artistes liés à l’École romaine. Des figures comme Mario Mafai et Scipione incarnent une modernité anti-rhétorique, marquée par une expressivité intense et une vision dramatique du réel, en net contraste avec les orientations officielles de l’époque.

Parallèlement, la présence d’artistes tels que Giorgio de Chirico introduit une dimension métaphysique et conceptuelle qui élargit radicalement l’horizon du musée. Dans cette phase, la GAM construit progressivement sa propre identité, oscillant entre adhésion et distance critique à l’égard des modèles dominants, et posant les bases des ouvertures ultérieures à l’expérimentation de l’après-guerre.

La période allant jusqu’au milieu du XXe siècle apparaît ainsi comme une phase de sédimentation, au cours de laquelle le musée définit ses outils d’interprétation et son rôle public, préparant le terrain aux transformations radicales qui marqueront la seconde moitié du siècle.

Le second après-guerre et l’ouverture à la contemporanéité

Le second après-guerre constitue pour la Galerie d’Art Moderne un moment de profonde redéfinition identitaire. La rupture historique provoquée par le conflit impose au musée non seulement une mise à jour des langages, mais aussi une reconsidération de son rôle culturel au sein de la société. Dans cette phase, la GAM se confronte à la nécessité de dépasser une conception purement représentative de l’art, en s’ouvrant à des pratiques qui remettent en cause la figuration, le sujet et la fonction même de l’œuvre.

L’entrée des recherches abstraites, informelles et signo-matérielles ne se fait pas comme une simple adaptation aux tendances internationales, mais comme une réponse critique à un contexte marqué par le traumatisme, la reconstruction et une redéfinition éthique. L’art contemporain est reconnu comme un espace d’interrogation plutôt que de consolation : un champ où le langage visuel devient instrument de connaissance et de résistance symbolique. En ce sens, la GAM assume progressivement le rôle de médiateur entre l’expérimentation artistique et le public, en favorisant une réception qui ne simplifie pas, mais problématise.

Le thème de l’exposition: un siècle de collection et de vision

Le fil conducteur de l’exposition n’est pas une célébration autoréférentielle de l’institution, mais une lecture critique de la collection comme projet culturel. L’exposition interprète l’ensemble non comme un corpus neutre d’œuvres, mais comme le résultat de choix, d’exclusions, d’orientations idéologiques et de visions stratifiées dans le temps.

Chaque acquisition est implicitement lue comme un acte politique et culturel: un positionnement par rapport au présent et une prise de responsabilité envers l’avenir. Dans ce cadre, la collection devient une forme d’écriture historique, capable de restituer non seulement l’évolution des langages artistiques, mais aussi la transformation des critères de légitimation de l’art moderne et contemporain. L’exposition met en évidence comment la GAM a progressivement abandonné l’idée d’un canon stable, en adoptant une vision dynamique et ouverte de la modernité.

La collection comme archive de la modernité

L’un des concepts clés de l’exposition est l’idée de la collection comme archive de la modernité. Ici, l’archive ne doit pas être comprise comme un dépôt statique d’œuvres, mais comme un système actif de sélection, d’interprétation et de transmission du savoir visuel. La collection de la Galerie d’Art Moderne se configure ainsi comme un dispositif critique, capable de refléter les tensions, les contradictions et les ambiguïtés qui traversent la modernité artistique.

Chaque œuvre devient une trace, un document d’une position historique et culturelle spécifique. La présence simultanée de langages figuratifs, abstraits, informels et conceptuels restitue une image de la modernité comme champ pluriel et conflictuel, éloigné de toute idée de progrès linéaire. En ce sens, la collection ne certifie pas une histoire déjà écrite, elle rend visibles les conditions mêmes de sa construction.

L’exposition souligne comment l’archive muséale est aussi un lieu de mémoire sélective, ce qui est conservé, exposé et valorisé coexiste avec ce qui est resté en marge ou a été exclu. Cette conscience critique renforce le rôle de la GAM comme institution capable de s’interroger elle-même et de remettre en question ses propres paradigmes interprétatifs.

Artistes, langages et générations

L’un des aspects les plus significatifs du parcours d’exposition est la coexistence d’artistes appartenant à des générations et à des poétiques profondément différentes, mis en relation non selon des hiérarchies préétablies, mais à travers des noyaux thématiques et des affinités conceptuelles. La collection de la GAM témoigne de la pluralité des langages qui ont traversé le XXe siècle italien, de la persistance de la figuration aux expérimentations les plus radicales.

Aux côtés de figures historicisées comme Giorgio de Chirico, dont l’œuvre interroge le rapport entre temps, mémoire et représentation, apparaissent des artistes qui ont redéfini le concept même de forme et de matière, comme Alberto Burri, dont la recherche marque une rupture décisive avec la tradition picturale. La présence de Mario Mafai et Scipione restitue quant à elle le rôle central de l’École romaine dans la construction d’une modernité inquiète et anti-rhétorique.

L’exposition met en évidence la capacité de la GAM à accueillir des langages divergents sans les réduire à un récit unique, favorisant une lecture complexe et non pacifiée de l’histoire de l’art italien.

Les peintres italiens présents à la Galerie communale d’Art Moderne

La collection de la Galerie communale d’Art Moderne de Rome offre une lecture stratifiée de la peinture italienne entre le XIXe et le XXe siècle, où la notion de « moderne » ne coïncide pas avec une seule avant-garde, mais avec un système de tensions: figuration et abstraction, mémoire et expérimentation, identité urbaine et horizon international. Les principaux peintres italiens présents dans la collection peuvent être rattachés à des noyaux historico-critiques qui éclairent à la fois l’évolution des langages et la fonction du musée comme archive de la modernité.

L’École romaine et la modernité inquiète

Un axe fondamental de la collection est constitué par la Scuola Romana, qui élabore une modernité anti-rhétorique et profondément existentielle. Chez ces artistes, la peinture devient le lieu d’une perception instable du réel, la ville, le corps, le temps historique se traduisent en un langage émotionnel, souvent dramatique, réfractaire à toute pacification.

  • Mario Mafai: une figuration lyrique et douloureuse, marquée par des tonalités crépusculaires et par une idée de la forme comme trace vulnérable de l’histoire.
  • Scipione: une expressivité visionnaire et déformante, où la réalité se transfigure en image symbolique et fiévreuse, entre pathos et inquiétude.
  • Antonietta Raphaël: une figuration intense et archaïsante, capable de fondre mémoire, spiritualité et construction moderne de la forme.

La Métaphysique et la suspension du temps pictural

La présence de la peinture métaphysique dans la collection souligne l’attention de la GAM envers ces recherches qui ont mis en crise l’idée même de représentation. Ici, l’espace n’est plus un environnement « à décrire », mais une machine conceptuelle qui interroge le rapport entre objet, mémoire et regard.

  • Giorgio de Chirico: la construction de scénarios suspendus et déroutants, où architecture, objets et figures deviennent les signes d’un temps interrompu, générant une image mentale avant d’être narrative.

Entre figuration et réalisme moderne

À côté des lignes les plus expérimentales, la collection conserve des œuvres d’artistes qui renouvellent la figuration sans rompre le lien avec la tradition, élaborant un réalisme moderne fondé sur la discipline de la composition, la qualité du dessin et la densité psychologique de l’image.

  • Felice Casorati: rigueur formelle et tension classique, où la figure est construite comme une architecture et la composition devient un système d’équilibres maîtrisés.
  • Carlo Levi: une peinture où la dimension humaine s’entrelace avec l’intelligence critique, restituant la figure comme lieu de témoignage moral et historique.

L’Informel: matière, geste, surface

Le second après-guerre introduit dans la collection un passage décisif, la peinture ne coïncide plus avec l’image, mais avec la matière et le processus. La surface devient un champ d’action, blessure, sédimentation ; le geste et le signe acquièrent une valeur cognitive, souvent liée à la nécessité de refonder le langage après la crise de l’histoire.

  • Alberto Burri: l’œuvre comme surface « blessée » et transformée, où matériaux et combustions redéfinissent la peinture comme événement physique et mémoire historique.
  • Giuseppe Capogrossi: la construction d’un alphabet de signes personnel, où la répétition du signe produit rythme, structure et sens, au-delà de la figuration.

De la Pop Art italienne au second XXe siècle romain

La collection documente aussi l’émergence d’une contemporanéité plus directement connectée aux médias, à la culture urbaine et aux symboles du pouvoir. Dans ce contexte, la peinture interroge la société des images, la sérialité, l’iconographie politique, redéfinissant le rapport entre œuvre et communication.

  • Mario Schifano: la peinture comme réaction au flux médiatique et à l’imaginaire urbain; la surface devient un écran critique où signes et images se déposent et se consument.
  • Franco Angeli: un langage qui mêle emblèmes, stratifications et mémoire collective, avec une réflexion serrée sur les symboles et leur ambivalence historique.

Le sens de cette présence dans la collection

Ces noyaux ne définissent pas un répertoire exhaustif, mais révèlent la logique culturelle de l’ensemble, la GAM conserve la peinture italienne non comme une séquence linéaire de styles, mais comme un champ de confrontation entre continuités et ruptures. La collection devient ainsi un outil pour lire le XXe siècle comme une histoire de langages en compétition, où chaque œuvre est à la fois document esthétique et indice des transformations sociales et institutionnelles qui ont façonné l’idée même de modernité.

Le parcours d’exposition

Le parcours d’exposition est conçu comme une structure narrative complexe, où la progression chronologique dialogue constamment avec des noyaux thématiques et conceptuels. Il ne s’agit pas d’une simple succession de périodes historiques, mais d’un dispositif critique qui rend visibles les logiques internes de la collection et les transformations du musée en tant qu’institution.

Les salles accompagnent le visiteur à travers des moments de densité historique différente, alternant des sections à caractère documentaire – où émergent le contexte institutionnel, les politiques d’acquisition, le rôle des administrateurs et des directeurs – et des espaces plus proprement analytiques, dédiés à la confrontation directe des œuvres. Ainsi, le parcours évite la rhétorique célébrative et construit au contraire une lecture problématique, dans laquelle les œuvres ne sont pas isolées comme des chefs-d’œuvre autosuffisants, mais insérées dans un réseau de relations historiques, culturelles et idéologiques.

La scénographie souligne en outre la dimension processuelle de la collection, le musée n’apparaît pas comme un organisme achevé, mais comme une structure en perpétuel devenir, traversée par des révisions, des remises en question et des mises à jour. Le visiteur est ainsi invité à lire l’histoire de la GAM non comme un récit linéaire, mais comme une stratification de regards sur le moderne.

Les origines et la définition d’une identité muséale

Fondée en 1925, la Galerie communale d’Art Moderne naît dans un contexte où le musée civique assume une fonction éminemment pédagogique et identitaire. Dès ses origines, l’institution se pose comme un espace de médiation entre tradition et modernité, appelée à représenter l’art du présent sans rompre le lien avec l’histoire.

L’identité muséale de la GAM se construit à travers une tension constante entre ouverture et contrôle, entre expérimentation et reconnaissance institutionnelle. Les premières collections reflètent une modernité encore ancrée dans la figuration, mais déjà traversée par des impulsions de renouvellement. En ce sens, l’exposition montre que l’identité du musée n’a jamais été monolithique, mais le résultat de négociations continues entre esthétique, politique culturelle et public.

Entre tradition et expérimentation

Le dialogue entre tradition et expérimentation constitue l’une des lignes de force de l’ensemble du parcours. La GAM ne se présente pas comme un lieu de rupture radicale, mais comme un espace de frottement productif, où langages consolidés et pratiques émergentes cohabitent et se questionnent mutuellement.

L’exposition montre que la modernité artistique ne se développe pas par substitution, mais par superposition et réélaboration. La persistance de la figuration aux côtés de l’abstraction, la coexistence de la peinture et de la sculpture avec des pratiques conceptuelles et installatives, restituent une image de l’histoire de l’art comme un processus non linéaire, marqué par des retours, des résistances et des glissements sémantiques.

Le musée comme espace critique

Enfin, “GAM 100” propose une réflexion explicite sur le musée comme espace critique, ni neutre ni purement conservatoire. La GAM apparaît comme un dispositif culturel actif, capable de produire du sens à travers la scénographie, la confrontation des œuvres et la construction de parcours interprétatifs.

Dans cette perspective, le musée n’est pas seulement le lieu de la mémoire, mais un laboratoire de sens, où le passé est constamment relu à la lumière du présent. L’exposition invite le visiteur à reconnaître le caractère construit de tout récit muséal, en stimulant une réception consciente et critique. C’est dans cette fonction réflexive que la Galerie d’Art Moderne réaffirme, à l’occasion de son centenaire, toute son actualité culturelle.

Pourquoi visiter l’exposition

Visiter “GAM 100” signifie se confronter à une histoire à la fois artistique et civique. L’exposition offre des outils critiques pour comprendre le rôle des institutions muséales dans la définition de l’identité culturelle d’une ville comme Rome, en mettant en évidence la valeur publique de la collection.

Une occasion d’étude et d’approfondissement

L’exposition s’adresse non seulement à un public général, mais aussi aux chercheurs, historiens de l’art et professionnels du secteur, en proposant une lecture approfondie et documentée. La richesse des matériaux exposés permet plusieurs niveaux d’interprétation, faisant de la visite une expérience d’étude autant que de contemplation esthétique.

La GAM aujourd’hui

L’exposition invite enfin à réfléchir à la GAM contemporaine, à son rôle actuel et à ses perspectives futures. En ce sens, le centenaire devient un point d’observation privilégié pour interroger le destin des musées d’art moderne et contemporain au XXIe siècle.»

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